
François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, a répondu cette semaine à l'hebdomadaire Marianne sur les déclarations choc et les démonstrastions spectaculaires du gouvernement sur les questions de sécurité après les incidents à Grenoble.
Déclarations chocs et démonstrations à grand spectacle: une manière de faire de la politique dangereusement pour la société
Marianne: Comment qualifiez vous les propositions de Nicolas Sarkozy ?
A Grenoble, on n'a pas apporté de réponses nouvelles aux questions de sécurité.., ce qui aurait été légitime et, selon moi, nécessaire. Il y a une réalité de plus en plus dure de l'insécurité et de la délinquance, avec des agressions de toute nature et des trafics qui progressent. C'est évidemment insupportable, pour l'Etat et plus encore pour les gens. Mais les thèmes et les mots qui ont été choisis par Nicolas Sarkozy et ses proches ne portent pas une nouvelle politique de sécurité. Leur but est de faire naître la polémique la plus violente possible, en espérant que cette polémique soudera autour d'eux ce qu'ils appellent leur camp, toute la droite jusqu'à l'extrême droite.
Une polémique ne prend pas toute seule il lui faut des ressorts...
Il y a une grande inquiétude justifiée sur la délinquance et l'insécurité . Par ailleurs; dans bien des secteurs de l'opinion comme dans tous les pays en crise, l'immigration est mal vue. Alors on a choisi de faire un pont entre les deux. Le discours de Grenoble, c'est l'insinuation mise en scène qu'il existe un lien de cause à effet entre immigration et délinquance.C'est la première fois qu'un gouvernement en France et d ailleurs dans aucun autre pays européen, prend le risque d'une insinuation comme celle-là . Beaucoup d'extrémistes l'ont dit mais un gouvernant jamais! Et c'est une fausse logique. Bien sur il existe davantage de délinquance violente et de trafics dans certains quartiers où l'immigration est forte. (Même s'il ne faut pas oublier d'autres délinquances, par exemple financière, dans d'autre milieux) Mais l'immigration n'est pas la cause. Dans tous les milieux qui sont aux marges, en difficulté économique, sociale ou culturelle, il y a des gens plus fragiles face aux tentations de la délinquance! Une statistique ne fait pas une vérité. C'est comme si l'on disait que, parce qu'il y a dis fois plus de délinquants chez les hommes que chez les femmes, la masculinité est la cause de la délinquance!
Mais on eu l'impression d'une manoeuvre réfléchie...
Bien sur, puisque tous les jours on en ajoute une couche. C'est l'effet d'avalanche. D'abord, on propose de punir différemment les délinquants selon leur origine. Puis Brice Hortefeux envisage la plus large extension de cette déchéance... Le troisième jour, l'UMP propose qu'on mette en prison les parents d'enfants qui ne respectent pas leurs obligations. Il y a comme une fuite en avant vers le plus"choc" ou le plus choquant.
Vous affirmez la réalité de l'insécurité. Nicolas Sarkozy n' a t il pas raison de s'y attaquer ?
La délinquance et l'insécurité, comme je vous l'ai dit s'aggravent! Mais cela prouve simplement que la politique suivie depuis des années à partir des déclarations chocs et de démonstrations à grand spectacle, n'a pas réussi. Il faut donc en changer.Il faut une philosophie différente une reconquête par l'Etat aussi bien dans ses forces de sécurité que dans ses services publics, de toutes les zones de non droit. Une présence continue et une vigilance. Sans cela toutes les déclarations guerrières seront de nul effet sur la vraie délinquance dont les français souffrent: la délinquance d'immeuble, de quartier, de village, d'agression, de vol, de voiture brûlée, d'incivilité, de provocation.
Quel jugement portez vous sur cette manière de faire de la politique ?
Je la crois dangereuse pour la société et pour la fonction politique, singulièrement pour la fonction présidentielle. Dans une république comme la notre, le président a une fonction de chef de famille: il doit être celui sur le calme duquel on compte; il doit regarder avec la même compréhension les différentes sensibilités du pays il doit donner une direction stable et simple pour que tout le monde comprenne ou on va. il doit assurer l'Etat. Il a enfin le devoir de rassembler.
En quoi cette manière de gouverner est elle dangereuse pour la société ?
Parce que ce sont des chemins qui ne conduisent nulle part, sauf à davantage de mal être. Cibler les français d'origine étrangère, cela va faire mal à des millions d'enfants immigrés qui travaillent vraiment, en bavent vraiment, réussissent souvent parfois jusqu'à l'exploit. Parce que les mauvaises passions ne font pas la différence. Elles ciblent la couleur de peau ou la consonance du nom, le quartier... Détourner la France de son histoire d'intégration, c'est lui faire mal parce que c'est porter atteinte à son histoire, à sa nature profonde.

François Bayrou était l'invité de Philippe Corbé sur RTL mercredi 18 Août 2010. Le président du Modem François Bayrou a estimé mercredi que "la politique de sécurité de la France doit être repensée du tout au tout" car elle "n'améliore pas la sécurité des Français".
"Tout le monde le voit bien que cette politique n'améliore pas la sécurité des Français", a déclaré François Bayrou.
Pour le président du Mouvement Démocrate, il faut d'une part repenser la présence de l'ensemble des services de l'Etat sur le terrain et, d'autre part, apporter "une réponse précoce et efficace" à la délinquance "qui soit en même temps éducation et punition"."La présence sur le terrain a été supprimée, il faut la repenser du tout au tout, pas seulement pour la police mais pour l'ensemble des services publics et des services de l'Etat", a-t-il ajouté.
"Le gouvernement ne cherche pas à améliorer la sécurité, il cherche à créer une polémique qui regroupera autour de lui ceux qu'ils croient sensibles à ces sujets, qui sont nombreux mais peut-être moins qu'ils ne le croient"."Le but de toute l'opération est qu'il y ait la polémique la plus violente possible (...) L'idée a été de faire qu'insécurité et immigration, ce soit pour les Français et pour les gouvernants la même chose", a déclaré François . Bayrou.
"Lorsque les populations Rom sont en infraction et qu'elles occupent des camps où elles ne devraient pas être, il est normal que la loi s'applique à condition que çà soit fait dans des conditions humaines", a déclaré M. Bayrou."Séparer les mères des enfants, c'est des choses qu'en France on ne doit pas faire, j'espère que ça n'est que l'exception". "L'attitude de la loi doit être ferme, forte et humaine", a-t-il conclu.
M. Bayrou a souligné que "les populations roms sont extrêmement différentes" et que "pour 80 pourcent au moins d'entre elles, elles vivent en France et sont françaises depuis des siècles".
François Bayrou a par ailleurs rappelé sa position sur la réforme des retraites :
Moi qui suis prêt à voter la réforme des retraites, je ne le ferai pas, je voterai contre, si on est dans la situation où les 65 à 67 ans sont en réalité pris comme otages pour une réforme des retraites par ailleurs indispensable".
Selon le président du MoDem, "passer de 60 à 62 ans c'est raisonnable et d'une certaine manière inéluctable, mais en profiter pour reporter de 65 à 67 ans l'âge où l'on peut faire valoir les droits qu'on a acquis à la retraite, même si c'est peu, c'est cibler sur les gens qui ont des carrières incomplètes et vraiment c'est d'une profonde injustice à l'égard par exemple des femmes qui ont élevé des enfants ou de ceux qui ont galéré dans leurs carrières professionnelles", a-t-il dit.

Une nouvelle fois, Monsieur Estrosi, a cru bon de se distinguer et voulu faire diversion en accusant explicitement les maires de laxisme, de refus de coopération et d'incompétence en matière de lutte contre la délinquance.
L'on serait tout d'abord enclin à lui rappeler que Ministre de l'Industrie il est d'abord et avant tout comptable de ce secteur d'activité et que l'on aimerait qu'il explique pourquoi la France a perdu, en 2009, 322 000 emplois salariés dont 173 000 dans l'industrie secteur dont il a théoriquement la charge. Il serait utile qu'il déploie son énergie à être efficace dans le domaine qui relève de sa responsabilité plutôt qu'à de vaines déclarations.
En agissant ainsi c'est tous les élus qu'il tente de montrer du doigt, tous ceux qui chaque jour, avec des moyens trop souvent dérisoires, luttent contre toutes les formes de délinquances, des plus quotidiennes aux plus graves.Doit on rappeler à Monsieur ESTROSI que la mission première d'un Etat, ce qui le définit même en partie, c'est sa capacité à défendre ses populations et à être garant de l'ordre. Et qu'en conséquence les collectivités locales viennent en appui et non en remplacement de l'Etat ce d'autant que ce même Etat leur demande de faire, chaque jour, des économies.Et que c'est donc l'échec patent de toute une politique nationale menée depuis de très nombreuses années que l'on voit s'étaler sous nos yeux : développement de trafics à grande échelle qui entretiennent la violence, nouvelles formes de délinquances urbaines et rurales, zones de non droit
.Les faits de violences urbaines dans les villes gouvernées par les propres amis de Monsieur Estrosi démontrent comme si besoin en était que la délinquance ne connaît pas les étiquettes politiques elle prospère partout où l'Etat renonce à exercer son autorité ou lorsqu'il est inefficace. C'est aujourd'hui la situation de notre pays.
Ce ne sont pas les élus qui ont besoin d'être interpellés par le gouvernement ce sont les délinquants.
Ce ne sont pas les élus qu'il faut condamner, ce sont ceux qui, chaque jour, commettent des faits délictueux en toute impunité.
Ce ne sont pas des mots qu'attendent les habitants de nos villes et de nos villages, ce sont des actes et des moyens concrets.La politique de sécurité n'a pas plus besoin de déclarations intempestives et de manoeuvres de diversions que de naïveté ou de résignation.
Ces deux postures sont nuisibles et inefficaces et le Mouvement démocrate les rejette avec la même force au nom de ceux qui pâtissent depuis des années de ces échecs successifs.

Sur l'inacceptable de la stigmatisation des Roms vivant sur notre territoire, tout a été dit. On se doit d'apporter sa voix à cette dénonciation indispensable. Mais, il y a deux points qu'il faut clarifier : Pourquoi avoir fabriqué de toute pièce cette affaire, s'agit-il d'un simple dérapage ? Quelles seront les conséquences de cette erreur majeure de la part de l'UMP et de l'aile la plus sarkoziste du gouvernement ?
On se souvient que le début de la surenchère sécuritaire démarre il y a quelques semaines dans les banlieues avec les émeutes de la Villeneuve à Grenoble. Il est aisé de déceler tout l'intérêt supposé qu'il y avait à détourner l'intérêt des Français du sujet lourd de la réforme indispensable des retraites lui-même bien pollué par les affres de l'affaire Woerth-Bettencourt. On voit bien également le débordement vers la droite extrême destiné à contrer un retour du Front National.
Allons y donc allègrement pour franchir un cran de plus dans l'amalgame facile et nauséeux entre l'immigration et la délinquance. Jusqu'ici, c'étaient les personnes issues du Maghreb et d'Afrique noire qui étaient visées. Or, il s'agit à une très forte majorité, de population d'origine musulmane qui pour une partie d'entre elles pratiquent plus que jamais cette religion dans une optique de résistance et d'affirmation identitaire.
En plein début du ramadan et alors que le plan Vigipirate a été renforcé à cause de menaces de renforcement du risque terroriste, il fallait au ministre de l’intérieur une autre population cible. Le choix des Roms présente à cet égard beaucoup d’avantages : en plein été tout le monde voit des personnes de ces groupes se livrer à une « mendicité organisée » au cœur des grandes villes ; on rapproche cela aisément du sentiment d’insécurité ancré depuis longtemps face aux « gens du voyage », bien qu’il s’agisse de populations bien différentes ; enfin et surtout on trouve à bon escient un groupe non musulman, puisque de religion chrétienne, plus précisément orthodoxe pour tous ceux qui viennent de Roumanie.
Voilà donc la possibilité de stigmatiser sans risque– pense-t-on- car cette population n’est soutenue par personne. Tout cela n’en est que plus dénonçable d’un point de vue moral. Pas étonnant du coup –mais visiblement non anticipé par les instigateurs de cette affaire – que les dignitaires de l’Eglise catholique fassent entendre leurs voix haut et fort. Non pas tant par solidarité chrétienne de principe que parce que les réseaux associatifs qui viennent en aide à cette population comportent un certain nombre de militants chrétiens et aussi parce qu’il est dans la mission de l’Eglise de dénoncer les mauvais traitements faits à ceux que tout le monde oublie. Heureusement, elle n’en a pas le monopole, mais il faut que l’affaire soit grave pour qu’elle s’exprime publiquement.
Quelle sera au final l’efficacité de ces reconduites spectaculaires dans le pays d’origine ? D’un point de vue démographique très faible évidemment. Qu’on en juge : sur les 8500 Roms actuellement en France, le gouvernement s’est fixé comme objectif d’en renvoyer 700 soit moins de 10 pour cent. On nous affirme que seuls les volontaires s’en vont et que pour les y inciter on attribue une prime de retour de 300 euros par personne. Quant on sait que l’on trouve sur internet des vols en provenance de Bucarest aux alentours de 200 euros, même si ce n’est pas le moyen de transport naturel de ces personnes, on se doute bien que le retour de beaucoup de ceux qui partent est déjà programmé. Car enfin quelle perspective ont-ils, dans l’état actuel des choses, de reconstruire une vie décente en Roumanie ou en Bulgarie ? L’évidence, c’est la nécessité d’une collaboration entre tous les gouvernements concernés sous l’égide des autorités européennes. On en est loin.
Quant aux répercussions sur le terrain politique national, le pouvoir ne rencontrera pas le succès escompté. Les ficèles sont trop grosses, l’injustice trop flagrante, pour que le soutien populaire soit massif. Il y a certes des tentations régressives – surtout dans ces temps où la crise économique est loin d’être finie – mais aussi un puissant réflexe humaniste qui ne pourra que se renforcer face à un tel débordement et une atteinte aux valeurs, issu de tous les courants philosophiques qui ont fait la France, du Christianisme, aux lumières en passant par tous les autres idéaux républicains.
La droite sécuritaire a voulu se refaire une santé, elle risque fort de se retrouver avec tous les autres courants politiques contre elle. Les polémiques à l’intérieur de la majorité – qui ne sont pas finies – laisseront certainement des traces, instilleront le doute sur l’avenir. A l’international comme dans l’hexagone, c’est l’image d’un pouvoir déjà bien affaibli, menacé d’éclatement au moment même où il précipite sa préparation des échéances à venir que l’on retiendra. Pour tous les humanistes, cela sonnera comme un rappel que c’est d’abord sur le terrain des valeurs que l’on doit construire et reconstruire les forces politiques.

Retrouvez la déclaration complète de François Bayrou :
Nous sommes un pays laïque - et c'est essentiel !- : cela signifie qu'aucun magistère religieux n'a une quelconque autorité sur la République. Mais la République a ses valeurs fondamentales : le respect du Droit et les Droits de l'homme font partie de ce bloc de valeurs républicaines, qui sont communes, en réalité, à tous les humanismes.
La déclaration du pape, en Français, est une défense de ces valeurs. Ce n'est pas un rappel politique, c'est un rappel de valeurs.
Prendre pour cible, à grand spectacle, une communauté tout entière, ultra minoritaire, pour plaire à une partie de l’opinion, c’est grave et dangereux. Fonder ce ciblage sur l’origine, sans distinction de comportement individuel, c’est contraire à nos principes. Tout cela est lourd de conséquences symboliques, même si, comme c’est le cas, les actes effectifs de refoulement sont limités.
Devant la loi, tout le monde doit être égal, quelle que soit l’origine, ou la culture. Et chacun n’est responsable que de ses propres actes, pas de ceux de la communauté à laquelle il appartient. Il faut mesurer ce que cela coûte à l’image de la France dans le monde, lorsque les grands journaux internationaux, l’Union européenne


Marielle de Sarnez, la vice-présidente du MoDem était l'invitée de RMC ce matin. Elle a appelé à une "stratégie de long terme" dans la lutte contre l'insécurité et a notamment estimé que l'Etat devait être "présent, sous toutes ses formes" dans les quartiers difficiles. Retrouvez son intervention
"Il y a plusieurs centaines de zones de non-droit en France, on le sait depuis les années 90, leur nombre a augmenté", a-t-elle déclaré au micro de RMC-Info, alors qu'on l'interrogeait sur le déplacement du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux à Grenoble pour y installer un Groupe d'intervention régional (GIR).
Rappelant que les GIR existent depuis 2002, la députée européenne a appelé à "une stratégie de long terme en matière de lutte contre l'insécurité", qui ne donne pas "le sentiment qu'on intervient comme ça, par à -coups"."C'est bien qu'il y ait beaucoup de policiers à un moment, mais ensuite quand il n'y a plus d'Etat, quand il n'y a plus de quoi faire respecter l'ordre républicain dans ces quartiers au jour le jour, c'est là évidemment que viennent les problèmes", a-t-elle ajouté.
"Il faut que l'Etat soit présent, sous toutes ses formes: et donc on remet la Caf (allocations familiales, ndlr), on remet la Poste, on remet les services sociaux, on remet de l'école", a-t-elle poursuivi, citant également les pompiers, les gendarmes et les forces de l'ordre.Assurant que cette politique serait compatible avec une politique de rigueur, elle a fait la différence entre "l'administration dite de papier (...) où on peut faire des efforts beaucoup plus conséquents que ce qu'on fait" en termes d'allègement et les "administrations de missions, les administrations qui sont sur le terrain".
Refusant de lier insécurité et immigration, Marielle de Sarnez a réaffirmée ne pas vouloir "opposer les français entre eux" et à rappelé qu' "Un chef d'Etat doit garantir (…) l'égalité des citoyens et la non-discrimination des citoyens".
Interrogée également l'intervention d'Eric Woerth dans le dossier fiscal de la succesion de la famille César, Marielle de Sarnez a regretté une nouvelle fois l'absence de transparence dans la pratique des dégrèvements fiscaux, ce qui "n'est pas sain". "On est dans l'arbitraire le plus complet, les cartes ne sont pas sur la table mais sous la table" a ajouté la vice présidente du MoDem. "Le mieux, c'est que le pouvoir politique ne se mêle pas de ce type d'affaire" a-t-elle conclu.
Enfin la député européen du MoDem a estimé que "la guerre en Afghanistan n'est pas gagnable sur le terrain". Selon elle : "il faut repenser une autre stratégie pour l'Afghanistan", ajoutant : "on nous a expliqué qu'en entrant dans le commandement intégré de l'OTAN, cela nous permettrait d'avoir des positions différentes. Je n'ai pas entendu le moindre son, le moindre début d'une position différente depuis que nous y sommes. Je suis convaincue que l'Union Européenne doit faire valoir sa propre stratégie sur l'Afghanistan.".

François Bayrou a accordé ce mercredi un entretien au quotidien "Le Parisien" concernant la polémique sur les Roms et la politique sécuritaire du gouvernement :
Le Parisien : Comment sentez-vous le climat de cette rentrée ?
François Bayrou : C'est le plus toxique que l'on ait connu depuis longtemps ! Il y a un très grand trouble. En axant tout sa communication sur l'expulsion à grand spectacle de quelques centaines de Roms, le gouvernement a créé un malaise profond jusque dans sa majorité. (Lire la suite)
Que le pape lui-même l'évoque, n'est-ce pas démesuré ?
Pour que le pape s'exprime sur ce sujet, on voit à quel point cette politique est apparue choquante, y compris hors de nos frontières. Bien sûr, la France est un Etat laïc, dans lequel aucune autorité spirituelle n'a de prééminence sur l'autorité publique. Mais les grands courants spirituels et philosophiques ont le droit et le devoir de s'exprimer sur les sujets sensibles. Respect du droit, respect des gens, ce ne sont pas seulement des valeurs chrétiennes. Ce sont les valeurs humanistes, c'est le socle républicain.
À regarder la hausse dans les sondages de Nicolas Sarkozy, l'opinion semble apprécier le discours sécuritaire ?
Je ne vois pas où vous voyez cette hausse. Les gouvernants qui méritent le soutien et l'obtiennent, sont ceux qui tirent les peuples vers le haut et non vers le bas. Vers le dépassement et le rassemblement et non vers les mauvaises passions toujours prêtes à se réveiller. Pour gagner des voix, on n'a pas le droit de mettre en cause l'essentiel.
Est-ce "une tache sur notre drapeau" comme l'a dit Dominique de Villepin ?
Rien n'est plus important dans une période troublée que d'utiliser des mots justes. On a tout entendu cet été : nazis, fascistes, indignité nationale... Ce que nous vivons n'est ni nazi, ni fasciste. Le mot le plus juste est : malsain ! Il est malsain d'user de n'importe quel ressort dans le but d'obtenir des voix. Qui sont les premières victimes de cette stigmatisation des Roms ? Les gens du voyage, les Gitans, les Tziganes, Français depuis dix ou quinze générations mais dont l'intégration n'est pas facile. Bien sûr, il y a des cas sociaux, beaucoup de malaises, mais il y a aussi beaucoup de gens bien.
Au-delà des Roms, dites-vous que la question sécuritaire est malsaine ?
Ne tournons pas autour du pot : la question de la sécurité publique est cruciale. Mais ce n'est pas la sécurité que le gouvernement améliore. Depuis les problèmes du mois de juillet (affaire Bettencourt, chèque du bouclier fiscal), il a cherché une diversion. Cela n'a pas marché , et comme ça arrive souvent, il a désormais deux problèmes sur les bras : ceux d'avant la diversion et ceux que pose la diversion elle-même. Avec cette mise en scène immigration-sécurité-Roms, l'ambiance est à la caricature dans tous les sens. Or quand on est dans la caricature, on ne peut plus traiter sereinement les grandes réformes (comme le dossier vital des retraites), qui exigent un minimum de "paix des braves", de compréhension réciproque entre pouvoir et opposition.
Quelle politique défendez-vous en matière de sécurité ?
Je suis partisan de reofnder du tout au tout les politiques de sécurité sur deux points : le retour de l'Etat dans les zones de non-droit, et pas seulement de l'Etat police mais de l'Etat service public. Il y a beaucoup de leçons à prendre de ce qu'a été la présence de la gendarmerie dans le monde rural. Et puis il faut d'urgence des internats éducatifs pour les très jeunes qui dérapent, permettant de rebâtir leur personnalité. Je suis pour plus de fermeté et plus d'éducation, beaucoup plus tôt.
Regrettez-vous d'avoir été moins agressif ces derniers mois vis-à -vis de Nicolas Sarkozy ?
La question, ce n'est pas le ton. La question, c'est le fond sur lequel, depuis le premier jour, j'ai été, je suis et je serai intransigeant.


Marielle de Sarnez, députée européenne et vice-présidente du Mouvement Démocrate, était l'invitée ce lundi de Public Sénat.

François Bayrou a accordé un entretien au quotidien "Le Parisien", dimanche 20 juin.
Le Parisien : Que vous inspirent les inondations dans le Var ? La France n'a-t-elle pas les moyens de mieux prévenir les catastrophes ?
François Bayrou : On est stupéfait devant la faiblesse de nos sociétés qui paraissent ultra-technologiques et qui sont en réalité si fragiles. Pourtant le principe de précaution est partout. Mais à chaque drame, il y a beaucoup d'émotion sur l'instant, puis plus rien après. Il faudrait une institution garantissant qu'après toute catastrophe, les leçons pour le long terme soient vraiment retenues. (Lire la suite)
Le Parisien : Allez-vous voter la réforme des retraites ?
François Bayrou : La réforme est indispensable. Ceux qui disent le contraire ne sont pas responsables. Porter l'âge légal de la retraite à 62 ans, c'est raisonnable. En revanche, il y a des injustices inacceptables. Sur la pénibilité, on ne peut qu'exiger après une vie de travail pénible, il faille pour partir à la retraite une invalidité constatée de 20pour cent ! Mais ce qui me paraît le plus inacceptable, c'est le report de 65 ans à 67 ans pour partir sans pénalisation. Car passer de 60 ans à 62 ans, ce n'est pas la même chose que de passer de 65 à 67 ans. Ce sont des années où l'on a avancé en âge, où l'on est plus fragile.
Le financement de cette réforme vous paraît-il juste ?
Il n'est pas équitable. Je déplore le déséquilibre entre l'effort demandé aux salariés et celui demandé aux plus favorisés. La taxation des hauts revenus est cosmétique.
Pourtant, il y a le passage de 40 pour cent à 41 pour cent pour la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu ?
Dans la plupart des pays européens, la tranche la plus élevée se situe à 45 pour cent. Le 1 pour cent supplémentaire, ce n'est pas un effort, c'est faire semblant ! Un saut de 5 pour cent me semblerait bien.
Martine Aubry dit que si la gauche accède au pouvoir en 2012, elle reviendra sur la réforme. Vous y croyez ?
C'est une affirmation qui n'est pas responsable. Et d'ailleurs, elle ne le fera pas. Le PS devrait ouvrir les yeux. Les trois plans les plus durs imposés en Europe l'ont été dans des pays dirigés par des socialistes : Grèce, Espagne et Portugal. L'idée de revenir sur une réforme somme toute raisonnable revient à négliger la menace d'explosion des déficits. Je me refuse à mentir aux Français, même si ce n'est pas populaire.
Vos relations avec Nicolas Sarkozy sont-elles apaisées ?
Je suis en opposition à Nicolas Sarkozy, mais cela n'empêche pas de lui parler, particulièrement pour le mettre en garde. Le dialogue entre responsables, ce devrait être un devoir. Tous les décideurs devraient échanger leurs idées et leurs solutions, même et surtout lorsqu'ils ne sont pas d'accord entre eux, surtout en temps de crise.
Mais Nicolas Sarkozy vient mardi dans votre circonscription...
Il vient visiter la plus grande usine de moteurs d'hélicoptères du monde, qui fait la fierté de ceux qui y travaillent et de toute une région. Cette usine est pour ainsi dire dans mon village et je n'irai pas ? Je m'oppose, durement s'il le faut, mais ce n'est pas la guerre civile.
Dans un livre vous dénonciez ses "abus de pouvoir"...
Je ne changerais à ce livre ni un mot ni une virgule. Je maintiens que les orientations prises depuis trois ans vont à l'encontre des intérêts du pays. Je trouve anormal qu'on mélange intérêts politiques et intérêts privés. Exemple, l'opération sur le journal "Le Monde". La manoeuvre vise à ce que certains intérêts, affichés ou dissimulés, prennent le contrôle de ce grand journal.
La démocratie française se porte-t-elle mal ?
Ce qui est accepté chez nous ne le serait dans aucun autre pays. On a accepté que le président de la République nomme directement le patron de la télévision publique. Quelle régression ! Rien n'est plus abusif que d'utiliser le mot "actionnaire" pour parler de l'Etat à propos de l'audiovisuel public. La télévision ou la radio publiques n'appartiennent pas à l'Etat, encore moins au pouvoir, mais au peuple français qui paie la redevance. On rougit d'avoir à rappeler des principes républicains aussi élémentaires, dont plus personne ne semble se soucier.
Est-ce un abus de pouvoir ?
Oui. Nicolas Sarkozy et ceux qui l'influencent systématisent la prise du pouvoir dans les médias.
Vous reviendriez sur ce système si vous étiez élu à l'Elysée ?
Sans aucun doute. Je mettrais en place une haute autorité indépendante chargée de défendre le pluralisme. Et j'inscrirais dans la Constitution l'interdiction de certaines complaisance.
Êtes-vous surpris par les polémiques sur les revenus des ministres ?
Tout pouvoir absolu abuse du pouvoir. Le pouvoir rend stupide. Les cigares des uns, les avantages des autres... Ils ne voient plus de limites. On ne se rend pas compte à quel point les gens sont blessés par ces affaires. Il faut en finir avec ces privilèges, deux cent vingt et un ans après la Révolution, la France a besoin d'une nuit du 4 août.
Il y a un an, Dominique de Villepin voyait un climat prérévolutionnaire...
Les choses ne se reproduisent jamais à l'identique. Mais quelque chose bout dans la société française. Une rage contre tous ces abus.
Avec son nouveau parti, Villepin peut-il capter cette rage ?
Pour lutter contre ces abus, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues. Mais comment peut-on rester adhérent de l'UMP (NDLR : comme Villepin) et prétendre créer un mouvement d'alternative ?
Serez-vous candidat en 2012 ?
C'est la logique, mais on est très loin de 2012. L'orage que nous allons traverser est tel qu'on ferait mieux de se concentrer sur la conduite du bateau. Et pas sur ce qu'on fera lors de la prochaine étape.
Le centre a-t-il un avenir ?
C'est une grande famille politique, selon moi majoritaire dans le pays. Mais elle est minoritaire aujourd'hui parce que certains de ses membres ont accepté d'entrer en soumission d'un côté ou de l'autre. Pour moi, le centre ne peut être qu'indépendant.
Que vous inspire l'équipe de France de football ?
Le match, les insultes d'Anelka, cette ambiance de décomposition, tout cela est révoltant. Ce qui m'a frappé, c'est le nombre de gens qui m'ont dit : "Ce match est à l'image de la France d'aujourd'hui." Trop de communication, trop d'argent et, sur le terrain, comme une résignation. J'aime le foot, mais je trouve qu'on en fait trop à son propos. Cela rappelles les Romains, "panem et circenses", du pain et des jeux du cirque. Il y a des forces qui s'accommodent très bien de ce que les peuples soient détournés des vraies questions.